17 janvier 2008
La violence est ce qui nous échappe

"No s'est endormie. Elle a terminé la bouteille de vodka. Je regarde l'heure encore une fois. J'aimerais m'allonger. à côté d'elle, fermer les yeux, attendre quelque chose qui ressemblerait à une musique, quelque chose qui nous envelopperait.
Je n'ai pas entendu Lucas, il est debout devant moi.
No ouvre les yeux. Elle est livide, elle murmure je vais vomir, Lucas fait vite, il l'attrape sous les bras pour l'emmener aux toilettes, elle prend appui sur la cuvette, se penche en avant, il la soutient tout le temps que ça dure. Des billets dépassent de la poche de son Jean, des billets de cinquante euros, il y en a plusieurs, dans son dos j'attrape le bras de Lucas sans rien dire, du doigt je lui montre. Alors Lucas entre dans une rage folle, îl la plaque contre le mur, il se met à hurler, il est hors de lui, je ne l'ai jamais vu comme ça, il hurle qu'est-ce que tu fais, No, qu'est-ce que tu fais, il la secoue à toute force, réponds-moi, No, qu'est-ce que tu fais ? No serre les dents, les yeux secs elle le regarde sans répondre, elle ne se défend pas, elle le regarde avec cet air de défi, et je sais bien ce que ça veut dire, il la tient par les épaules, et moi je crie arrête arrête et j'essaie de le retenir, elle le regarde et ça veut dire qu'est-ce que tu crois, comment tu crois qu'on peut s'en sortir, comment tu crois qu'on peut sortir de cette merde, je l'entends comme si elle hurlait, je n'entends plus que ça. Quand il finit par lâcher prise elle retombe sur le carrelage, elle s'ouvre la lèvre sur le rebord de la cuvette, il claque la porte et la laisse là, hagarde. Alors je m'assois à côté d'elle, je caresse ses cheveux, le sang coule sur mes mains, je dis c'est pas grave et je le répète plusieurs fois, c'est pas grave, mais au fond je sais que c'est grave, au fond je sais que je suis toute petite, au fond je sais qu'il a raison : nous ne sommes pas assez forts.
Avant de rencontrer No, je croyais que la violence était dans les cris, les coups, la guerre et le sang. Maintenant je sais que la violence est aussi dans le silence, qu'elle est parfois invisible à l'œil nu. La violence est ce temps qui recouvre les blessures, l'enchaînement irréductible des jours, cet impossible retour en arrière. La violence est ce qui nous échappe, elle se tait, ne se montre pas, la violence est ce qui ne trouve pas d'explication, ce qui à jamais restera opaque."
No et moi d de Vigna
Commentaires
La violence,
ce monstre tapi dans l'ombre profonde du silence et qui attend son heur-t...
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=251160&pid=7594033
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :
